Tout amateur connaît ce dilemme. Une bouteille attend en cave depuis des années, et personne ne sait si elle est prête. L’ouvrir, c’est s’engager à la finir dans les deux ou trois jours. La garder, c’est risquer de passer à côté de son apogée. Les systèmes Coravin promettent de sortir de ce dilemme en servant un verre sans retirer le bouchon. Voici comment ça fonctionne, et ce qu’il faut savoir avant d’y mettre plusieurs centaines d’euros.
Le principe : une aiguille, de l’argon, et le bouchon reste en place
Sur la gamme Timeless, une aiguille creuse traverse le bouchon en liège. Une pression sur la poignée injecte de l’argon dans la bouteille, ce qui pousse le vin vers le verre à travers l’aiguille. Le volume servi est remplacé par ce gaz inerte, plus lourd que l’air, qui protège le vin de l’oxygène. Quand on retire l’aiguille, le liège se referme de lui-même. La bouteille n’a jamais été ouverte au sens propre.
Il n’existe pas de durée de conservation garantie : tout dépend du vin, de l’état du bouchon et de la façon dont la bouteille est stockée ensuite. Mais l’oxydation, l’ennemi d’une bouteille entamée, est en grande partie évitée.
Trois familles qui ne règlent pas le même problème
- Timeless : l’aiguille traverse le bouchon. C’est le modèle pour revenir sur une bouteille des semaines ou des mois plus tard. Des adaptateurs existent pour les capsules à vis.
- Pivot : on ouvre la bouteille normalement, puis on remplace le bouchon par un bouchon spécifique. Le service se fait aussi à l’argon, et la marque annonce jusqu’à quatre semaines de conservation. Plus simple, moins cher, mais pensé pour des bouteilles qu’on termine dans le mois.
- Sparkling : un système à part pour les effervescents, avec un bouchon verrouillable et des capsules de CO2. Point important : un Timeless ou un Pivot ne s’utilise jamais sur une bouteille de bulles.
Le choix dépend donc moins du budget que de votre façon de boire : quels vins vous ouvrez, comment ils sont bouchés, et à quel rythme vous revenez sur une bouteille. Vinabox a publié un guide pour choisir son modèle de Coravin selon ces trois questions, famille par famille.
Ce que ça donne à l’usage
Un retour d’expérience sur quatorze mois, celui de Jérémy Degryse avec un Timeless Six+, donne des ordres de grandeur utiles. Environ 200 verres de dégustation de 7 cl servis sur une centaine de bouteilles, six capsules d’argon consommées en un peu plus d’un an (une capsule pousse environ 2,25 litres de vin), et une à trois bouteilles perdues sur la centaine. Aucune bouteille n’a cédé sous la pression.
Le vrai bénéfice est ailleurs que dans la conservation pure : on peut goûter une bouteille avant de la servir à table, savoir si elle est prête ou si elle mérite encore deux ans de cave, et ne boire qu’un verre sans se sentir obligé de finir le reste.
Les limites à connaître
Le service par aiguille éclabousse un peu les parois du verre. Le nettoyage demande de la rigueur, sinon un fond du vin précédent peut rester dans l’aiguille. Et certains bouchons laissent suinter un peu de vin si l’on recouche la bouteille aussitôt : mieux vaut la garder debout un jour ou deux, le temps que le liège se referme. Enfin, il faut compter le gaz dans le budget, en plus de l’appareil.
Pour un buveur occasionnel qui finit ses bouteilles en famille, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Pour celui qui boit seul, ou qui aime suivre l’évolution de ses vins de garde, c’est l’un des rares accessoires qui change vraiment la façon de profiter d’une cave.
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